"Nous sommes tous dans la boue, mais certains d'entre nous regardent les étoiles"
Oscar Wilde

mercredi 17 mai 2017

"Le nouveau nom" d'Elena Ferrante : à la croisée des mondes


Bonjour les lecteurs !


Rappelez-vous, il y a quelque temps, je vous parlais de la saga d'Elena Ferrante L'amie prodigieuse dont j'avais dévoré le premier tome !
Cette saga se concentre sur l'histoire d'amitié entre Elena et Lina, dans l'Italie des années 50. Le premier tome nous plongeait dans l'enfance des deux amies, à Naples, et m'avait impressionnée ; je vous parle à présent de la suite, Le nouveau nom.


« Je faisais partie de ceux qui bûchaient jour et nuit, obtenaient d'excellents résultats, étaient même traités avec sympathie et estime, mais qui ne porteraient jamais inscrits sur eux toute la valeur, tout le prestige de nos études. J'aurais toujours peur : peur de dire ce qu'il ne fallait pas, d'employer un ton exagéré, d'être habillée de manière inadéquate, de révéler des sentiments mesquins et de ne pas avoir d'idées intéressantes. »



Dans Le nouveau nom, Lina et Elena ont bien grandi et sont à présent adolescentes. On les retrouve exactement où on les avait quittées à la fin du tome 1 : au mariage de Lina. Après la première grande scission dans la vie des jeunes filles qu'avait été l'entrée d'Elena au collège, le mariage de Lina avec un riche commerçant s'apprête à former une nouvelle séparation, interrogeant sur la capacité de leur amitié à résister à ça.
Cette question reste en filigrane durant tout le roman : en effet, Lina semble s'éloigner de son amie, changeant de vie plusieurs fois, se mettant en tête de diriger des affaires... Pendant ce temps, la sage Elena poursuit ses études avec application. Entre les deux adolescentes, le même mélange de jalousie et d'admiration perdure, et elles ne cessent de s'éloigner pour mieux se retrouver.
Elena grandit et gagne en maturité : elle parvient peu à peu à s'émanciper de Lila, de son amitié parfois envahissante, et surtout du poids de ses jugements. Elle a obtenu le concours d'entrée à l’École Normale de Pise et s'éloigne progressivement de son village d'origine. Elle décide d'aller vers d'autres milieux, découvre la politique, le cinéma, la littérature. Déjà sont amorcés des thèmes qui seront au premier plan du troisième tome : la lutte des classes, la cause ouvrière, le combat entre fascistes et communistes. Cependant, partout où elle passe, le poids de ses origines pèse à Elena ; malgré les compliments de ses professeurs et son nouveau cercle d'amis, elle ne se sent jamais à sa place. Elle a rapidement compris que le seul moyen de quitter la violence et la misère qui l'environnent est d'étudier, alors elle lutte durement pour perdre l'accent de son village d'origine et se faire accepter dans des milieux plus cultivés. Ce deuxième tome se recentre ainsi sur Elena, qui se retrouve déchirée entre deux mondes : celui de ses origines, qu'on lui reproche de renier, et celui auquel elle aspire.
Et toujours, l'ombre de Lila plane au dessus d'elle : même sans étudier, elle semble avoir une longueur d'avance. Déjà mystérieuse dans le premier tome, Lina gagne encore en ambiguïté, et reste impossible à définir : amie ou ennemie ? Même dans le domaine amoureux, elle surpasse Elena, séduisant le garçon dont elle est amoureuse en secret depuis l'enfance. De dépit, Elena finira par s'offrir à un homme plus âgé. Mais Lina n'en fait qu'à sa tête et vit une véritable passion cachée qui bouleverse la vie de tout le village.
Car, comme dans le premier tome, Le nouveau nom s'ancre lui aussi fortement dans une communauté : les personnages secondaires du premier tome grandissent eux-aussi, et continuent à graviter autour des deux héroïnes. Des couples se font et se défont, des alliances se forment, tandis qu'au loin gronde la guerre... Le nouveau nom, dans une moindre mesure, questionne le rapport des habitants de Naples au monde qui les entoure, et notamment leur ignorance. Elena, élevée dans cette méconnaissance, perd ses illusions au fur et à mesure de ses études ; ses réflexions s'affinent et elle commence à interroger la société autour d'elle.
L'écriture d'Elena Ferrante, toujours aussi addictive, nous emporte jusqu'à finir par presque se considérer comme un membre à part entière de la petite communauté.
Vous l'avez compris, j'ai été une fois de plus passionnée par ce récit qui mêle des histoires de vie dans une Histoire plus collective, celle de l'Italie des années 50. Je ne peux que vous conseiller de vous plonger dans cette saga, dont je viens de terminer le troisième tome avec chagrin (quel supplice d'attendre la suite !).




Alors les lecteurs, ça vous tente ?

samedi 13 mai 2017

"Le dimanche des mères" de Graham Swift : Luxe calme et volupté


Bonjour les lecteurs !


J'ai découvert le mois dernier l'auteur britannique Graham Swift avec son roman Le dimache des mères, dont j'avais lu des critiques élogieuses. Dès les premières pages, le style de l'auteur m'a vraiment convaincue, et j'ai eu envie de partager ce coup de cœur avec vous !

  " Il en était ainsi chaque jour, mais la vérité banale du quotidien était encore plus vraie aujourd'hui que n'importe quand : jamais il n'y avait eu un jour comme celui-ci, jamais il ne pourrait revenir."

Le dimanche des mères se situe dans l'Angleterre victorienne des années 20, dans une région bourgeoise dont les grands moments sont passés, détruits par la guerre, mais qui garde une nostalgie de cette époque et des traditions. L'une d'entre elle veut qu'un dimanche par an, on donne congé aux domestiques pour qu'elles puissent rendre visite à leur mère.
Le livre débute ainsi l'un de ces « dimanches des mères ». Jay, femme de chambre chez les Niven, n'a plus de famille chez qui aller ; elle a prévu de demander l'autorisation à ses patrons de lire dans le parc de la maison. Dès les premières pages, Jay s'affirme donc comme une domestique atypique, qui s'intéresse à la littérature. On apprendra au fil du récit comment est née sa passion pour les romans, son amour pour les bibliothèques et les histoires de pirates ou d'aventures ; des ouvrages classés « pour garçons » à l'époque. Jay s'apprête à formuler sa demande au patron lorsqu'un coup de téléphone bouleverse ses plans. Au bout du fil, Paul Sheringham, héritier d'une riche famille amie des Niven, lui propose de le rejoindre dans la demeure familiale vide. On le devine immédiatement, ils sont amants depuis plusieurs années, en secret. Jay accepte la proposition, se doutant que ces retrouvailles seront les dernières : Paul se marie dans deux semaines avec Emma Hobday, une autre héritière. Les trois familles, Sheringham, Hobday et Niven (qui sont de proches amis) ont prévu de déjeuner ensemble pour célébrer l'union prochaine des jeunes gens. Mais Paul, prétendant devoir bûcher ses cours de droit, en a profité pour leur fausser compagnie et retrouver Jay en cachette.
Le dimanche des mères se déroule presque uniquement sur cette journée et plus précisément sur les heures que Jay passe en compagnie de son amant. Au fil des pages, elle fait des allers retours entre passé et présent, nous racontant petit à petit son histoire avec Paul. C'est ainsi le récit d'une passion secrète que nous conte Graham Swift, d'avance condamnée. L'émotion affleure à chaque page, tandis que Jay se sait sacrifiée à un destin plus noble. Et pourtant, le poids des traditions s'affaisse devant les sentiments, tandis que, nus l'un à côté de l'autre, les deux amants se retrouvent à égalité. D'ailleurs, Paul a offert à Jay de rentrer par la grande porte, comme une vraie dame, et non plus comme une domestique. Le lecteur reste suspendu à chaque page, à mesure que les secondes s'écoulent, inéluctables, et rapprochent la séparation du couple, se demandant si Jay va retenir son amant, si celui-ci va renoncer à son mariage par amour pour elle. Graham Swift possède une écriture particulièrement subtile, qui décrit les sentiments avec beaucoup de pudeur, sans jamais les nommer.
Mais au delà de l'histoire d'amour, à travers l'histoire de Jay et Paul, c'est tout un tableau qui nous est dépeint, celui d'une Angleterre victorienne bouleversée par la guerre, tentant de préserver ses traditions dans un monde barbare. Graham Swift excelle dans l'art de dresser des décors, et, avec un véritable sens du détail, il nous décrit les maisons décorées à l'ancienne, au temps presque suspendu, et les paysages de l'époque que Jay parcourt à vélo.
En plaçant au centre de l'histoire son héroïne, Graham Swift fait du Dimanche des mères le portrait d'une femme exceptionnelle : née orpheline, Jay, par son amour des livres, parviendra petit à petit à sortir de sa misère et à devenir une femme de lettres. C'est un beau message d'espoir qu'insuffle ce livre, sur l'importance de la littérature et son pouvoir face à l'origine sociale.

Ainsi, vous l'avez compris, j'ai été transportée par Le dimanche des mères. Je découvrais avec ce roman non seulement une histoire émouvante, mais surtout une plume que je suis impatiente de redécouvrir !


Alors les lecteurs, ça vous tente ?

vendredi 5 mai 2017

Aurore de Blandine Lenoir : vieillesse ennemie

Bonjour les lecteurs !

Je publie moins ces temps-ci pour des raisons techniques, puisque je n'ai plus du tout Internet à la maison ! Je passe donc mon temps à courir à la médiathèque ou dans des espaces wifi publics, ce qui complique fortement la publication des articles. Je n'ai pas encore résolu le problème, mais j'essaierai d'être plus présente au mois de mai, avec notamment les premiers films de la sélection cannoise, et un bel événement dont je ne vais pas tarder à vous parler...
Mais avant ça, j'ai eu la chance de voir en avant-première et en sa présence le film de Blandine Lenoir Aurore, avec Agnès Jaoui. Un beau moment de partage avec cette réalisatrice généreuse et passionnée !

Aurore, campée par une Agnès Jaoui plus lumineuse que jamais, est une femme d'une cinquantaine d'années à la vie plutôt tranquille : elle est divorcée, vit avec sa fille cadette, travaille comme serveuse dans un bar-restaurant, sort avec sa meilleure amie délurée. La seule chose qui la gêne sont les bouffées de chaleur incessantes qui lui rappellent qu'elle vieillit.

 Au début du film, Aurore est confrontée à un nouveau patron, misogyne à souhait, qui appelle toutes ses employées « Samantha ». A partir de là, une succession d'évènements va bousculer la vie d'Aurore : elle retrouve par hasard un amoureux de jeunesse, "Totoche" (Thibault de Montalembert, vu dans la série Dix pour cent, plein de charme) tandis que sa fille aînée lui annonce qu'elle est enceinte. Pour Aurore, c'est le choc : elle va devenir grand-mère. Aurore est avant tout le portrait d'une femme à un tournant de sa vie, confrontée à la fois à son passé et à sa place de quinquagénaire.
 Aurore aborde ainsi la problématique de la place des femmes dites "mûres" à l'époque actuelle : Aurore a beau être plutôt libre et moderne, son âge semble sans cesse lui être rappelé, que ce soit par son corps défaillant, ou encore les remarques de son entourage. Sur le plan professionnel, Aurore se rend également vite compte que son âge est un véritable obstacle : après avoir quitté son travail, elle se rend au Pôle emploi, où une conseillère féministe (Laure Calamy, actrice vue chez Guillaume Brac et aussi dans Dix pour cent !) pourtant survoltée ne parvient qu'à lui trouver des missions de femme de ménage. Quant à la seconde conseillère que rencontre Aurore, elle ne peut qu'avouer son impuissance dans une scène désopilante.

La force du film réside principalement dans l'alternance entre humour et émotion. On rit beaucoup dans Aurore, que ce soit à travers les réparties d'Aurore elle-même, ou le burlesque de certaines situations (une scène dans un restaurant chantant avec son ancien amoureux, durant laquelle Aurore se retrouve obligée de mimer ce qu'elle veut dire) ou encore à travers les personnages secondaires (sa meilleure amie qui s'amuse à séparer les couples, ou encore les conseillères du Pôle emploi). Mais une véritable émotion se dégage de certaines scènes, notamment les retrouvailles entre Aurore et Totoche, ou encore lorsqu'Aurore, seule à la maison, se remémore l'enfance de ses filles au son d'une chanson qu'elles écoutaient toutes ensemble (peut être la plus belle scène du film). Car le film aborde aussi les relations familiales : Aurore a du mal à dialoguer avec sa fille aînée, à manifester de l'intérêt pour sa grossesse qui la renvoie à son âge. Elle s'entend mieux avec sa cadette, qui vit toujours à la maison et avec laquelle il existe une grande complicité (Lou Roy Lecollinet, découverte dans Trois souvenirs de ma jeunesse de Desplechin). Aurore s'effondre lorsque cette dernière lui annonce qu'elle quitte la maison et abandonne ses études pour suivre son copain en Espagne. Cependant, on s'en doute, le film nous offre un happy end  avec une belle réconciliation entre Aurore et ses filles.
Et si le film fait la part belle aux femmes, prouvant qu'une femme peut trouver le bonheur même en vieillissant (on découvre notamment une « colocation » de personnes âgées), il soigne aussi ses personnages masculins : Totoche, en amoureux sensible, qui ose avouer qu'il ne veut plus souffrir, ou l'ex-mari d'Aurore (le très drôle Philippe Rebot que j'adore).

Ainsi, Aurore, c'est l'histoire d'une femme, mais aussi d'une mère, d'une amante, d'une amie... Un film que l'on pourrait qualifier de féministe, dans les thèmes abordés (mentions spéciales aux scènes de « drague sauvage », très authentiques), mais qui laisse place aux hommes et se révèle plus universel dans ses propos. Des seconds rôles savoureux dynamisent le film et nous proposent de petites histoires parallèles.
Blandine Lenoir à travers l'humour, parvient à faire passer de vraies émotions ; toujours subtil, le film réussit à rester sur le fil entre feel good movie et film d'auteur. Je ne peux que vous conseiller d'aller le voir !



Alors les lecteurs, vous y allez ?

samedi 22 avril 2017

A la place du coeur saison 2 d'Arnaud Cathrine : à livre ouvert

Bonjour les lecteurs !

Il y a quelques temps, je rédigeais un article sur A la place du cœur-saison 1  d'Arnaud Cathrine que j'avais adoré. Il y a un mois environ, j'apprenais de la bouche même de l'auteur, croisé sur un festival, que la saison deux du livre sortait prochainement. J'ai ainsi eu la chance d'avoir le livre dédicacé par Arnaud Cathrine himself depuis le salon du livre de Paris !



Une dédicace adressée depuis Paris !


" [...] on ferait bien de s'envoyer en l'air dès que possible. Un jour, il sera trop tard. Et personne ne sait quel jour ça tombera."

La saison 1 d’À la place du cœur nous plongeait dans le quotidien d'un adolescent de 17 ans, Caumes, qui vivait de manière concomitante deux événements qui allaient changer sa vie : sa première histoire d'amour et les attentats contre Charlie Hebdo. Le roman se déroulait sur une semaine, et se terminait sur un drame.
La saison 2 reprend l'histoire six mois après : on y retrouve Caumes, Esther, son amoureuse, mais aussi d'autres personnages, à l'image de Niels, le cousin de Caumes qui était seulement évoqué dans la saison 1. En six mois, il s'est passé beaucoup de choses : Caumes, bouleversé, a sombré dans la dépression, abandonnant tous ses projets derrière lui, et s'éloignant de tous ses proches -y compris Esther. Ce que nous raconte A la place du cœur-saison 2 est le récit de sa reconstruction.
Première nouveauté de cette saison 2, la narration nous offre différents points de vue. En effet, si la saison 1 était entièrement racontée par Caumes, dans la saison 2, Niels puis Esther prennent la parole. Arnaud Cathrine s'amuse ainsi à changer de style et de vision selon les chapitres, parvenant à véritablement nous faire croire que trois personnes différentes s'expriment dans le livre. De plus, chaque partie offre un éclairage nouveau de la situation : la première partie, celle de Niels, évoque l'été passé avec Caumes et les excès de ce dernier. La deuxième, celle d'Esther, revient sur l'année scolaire, son chagrin face à la distance prise par Caumes, puis son départ pour Paris. Enfin, par un habile procédé d'écriture, le roman se recentre sur Caumes, qui raconte à son tour ce qu'il a vécu ces derniers mois. Petit à petit, les pièces du puzzle s'assemblent et le lecteur finit par reconstituer toute l'histoire. Les trois personnages se retrouvent alors sur Paris où ils étudient, et où, bien évidemment, leurs chemins vont se croiser.


 "Tu voudrais trouver du sens à avoir vécu tout ça ? Je comprends. Mais la vérité, c'est qu'il n'y en a pas."

 A la place du cœur saison 2 s'éloigne de la saison 1 dans le sens où il se recentre plus sur les personnages que sur leur environnement. Bien sûr, le climat de peur est évoqué, et, je ne spoile rien en l'annonçant, les personnages vont se retrouver confrontés aux attentats du Bataclan, mais ces thèmes sont plus minoritaires que dans le premier tome. Il s'agit plutôt à présent de montrer comment l'on peut grandir dans un monde dévasté et qui se déséquilibre chaque jour un peu plus, ou encore ce que signifie être jeune aujourd'hui. Les personnages, chacun à leur façon, s'interrogent sur le monde qui les entourent et sur leur place face à la violence qui se déchaîne. 
Les relations entre les personnages s'affinent à mesure qu'ils gagnent en maturité, et c'est l'une des grandes réussites du roman que de nous faire véritablement sentir que les personnages grandissent. A ce titre, A la place du cœur est aussi un roman d'initiation : Arnaud Cathrine imagine ces jeunes qui quittent le foyer familial pour la première fois et découvrent la vie étudiante, les premières expériences d'indépendance. Une fois de plus, l'auteur excelle dans la description de la jeunesse actuelle, et de toutes les émotions que l'on peut ressentir à cette période. La partie consacrée à Esther, notamment, rappelle à quel point les premiers chagrins d'amour peuvent être cruels.
Et si la saison 1 faisait la part belle à l'amitié, la deuxième s'attarde davantage sur les relations familiales, et en particulier sur les grands frères, Solal et Swann, tout à tour protecteurs et confidents. 


"Aujourd'hui, je n'ai qu'une certitude, élémentaire et terrible : il va donc nous falloir vivre avec ça, encore et toujours. Toujours. Toujours. Toujours."


Ainsi, avec A la place du cœur-saison 2, Arnaud Cathrine nous prouve de nouveau que l'on peut s'adresser à la jeunesse de façon sérieuse, en abordant des thèmes graves. Il nous parle de dépression, de mort, de culpabilité... A sa manière, chacun des trois personnages doit aborder un deuil, de façon personnelle puis plus universelle, après les attentats du Bataclan.
 Sans pathos ni mièvrerie, le roman s'avère tout de même plutôt optimiste, délivrant un message d'espoir sur la capacité des jeunes à se relever. Le dernier chapitre, notamment, offre une parenthèse quasi enchantée dans un monde dévasté, proposant de vivre au jour le jour, en profitant de chaque instant.
A la fin du livre, Caumes et Esther promettent de refaire le point sur leur vie dans un an.
On attend cela avec impatience !




Alors les lecteurs, ça vous tente ?

vendredi 14 avril 2017

Marlène de Philippe Djian : dans ses veines coule l'amour des soldats



Bonjour les lecteurs !

J'ignore si Philippe Djian a choisi le prénom de son héroïne en hommage à la chanson de Noir Désir, mais toujours est-il que l'on ne peut nier certaines ressemblances !
 En guise d'introduction, je dirais que j'adore Philippe Djian. J'ai lu un certain nombre de ses romans, qui sont énigmatiques et demandent un certain effort de la part du lecteur, puisque les ellipses temporelles ne sont pas toujours bien signifiées, tout comme les changements de lieu ou de points de vue. De même, les personnages sont toujours atypiques, et leurs actes non expliqués. Mais il s'agit de procédés que j'admire car ils permettent au lecteur d'être vraiment actif et de réfléchir (cf mon article sur Elle de Paul Verhoeven, adapté du roman de Philippe Djian Oh...).
Alors, quand j'ai entendu que le dernier roman de Djian venait de sortir, je me suis empressée de l'acheter !



« Le plus difficile était de vouloir protéger les gens d'eux-mêmes, de leur ignorance, de leur folie. La plupart ne voulait rien entendre. Il arrivait un moment où l'on n'y pouvait plus rien, où les sentiments n'y pouvaient plus rien. »


Marlène est découpé en paragraphes qui portent chacun un titre, et dont la longueur semble augmenter au fil du roman : d'abord quelques lignes, pour finir par plusieurs pages. Les premières parties dressent un tableau du décor : Marlène se déroule dans une petite ville, mettant en scène une petite communauté de personnages. Il y a tout d'abord Nath, qui travaille dans un salon de toilettage animal, Richard, son mari, vétéran, et Mona, leur fille de 20 ans. Autour d'eux gravitent les anciens compagnons d'armes de Richard : Dan, son meilleur ami, ou encore Ralph, qui a perdu ses deux jambes au combat.
Au début du roman, Dan accepte que Mona, la fille de Nath et Richard, passe quelques jours chez lui pour tenter d'enrayer une situation devenue impossible à gérer. En effet, les relations ente Mona et sa mère sont conflictuelles, causant de violentes disputes. Mona est ravie, mais la jeune fille trouble la tranquillité et l'organisation précise de Dan.
L'arrivée de Marlène, sœur de Nath qui ne l'a pas vue depuis de nombreuses années, va bousculer l'équilibre de la petite communauté, d'autant plus qu'elle annonce à sa sœur qu'elle est enceinte. Nath, seule à la maison depuis l'incarcération de son mari pour récidive d'excès de vitesse, se retrouve donc à gérer, en plus de sa fille, sa sœur déboussolée. Car Marlène est le genre de personne « qui attire la foudre ou je ne sais quoi, n'importe quelle calamité qui traîne », le genre de personne charmante mais maladroite, qui passe son temps à tout casser et à s'excuser. Jetée à la rue par le père de son enfant, elle n'a plus que sa sœur chez qui se réfugier.  Le semblant de bonheur qui règne au sein de la famille va ainsi se fissurer avec l'arrivée de Marlène, d'autant plus que celle-ci va petit à petit se rapprocher de Dan, bouleversant tous les rapports que les personnages entretiennent entre eux.

Marlène est avant tout un beau portrait de femme : si Marlène peut agacer au début, notamment car Djian nous donne en premier lieu le point de vue de Nath, elle s'affirme au cours du roman. Sa douceur et l'attention qu'elle porte à chacun la rendent profondément attachante. Marlène évoque ainsi les relations qui peuvent se nouer entre des personnes complètement différentes : entre les deux sœurs, tout d'abord, puisque Marlène tente au fil de l'histoire de se rapprocher de Nath, et de trouver une forme de complicité qu'elles n'ont jamais vraiment eue. Entre Dan et Marlène ensuite, qui parviennent petit à petit à s'apprivoiser.
L'une des autres réussites du roman est de nous parler de la souffrance des anciens soldats. Djian nous montre comment chacun tente de vivre avec les atrocités : il décrit à plusieurs reprises la difficulté des retours, de la reprise d'une vie « normale » et familiale. Dan semble en apparence avoir correctement réintégré la société : il travaille dans un bowling, sa vie est routinière, bien rangée, il a même réussi à se faire accepter dans un quartier huppé de la ville où habitent les notables. A l'inverse, Richard fait preuve d'accès de violences, ne parvient pas à s'astreindre à un emploi régulier. Cependant, Dan fuit l'horreur de la guerre en s'abrutissant de cachets pour dormir et en s'obligeant à une hygiène de vie drastique : il passe son temps à briquer sa maison, à se laver les mains, à faire du sport. C'est tout le paradoxe ici que de nous exposer que les personnes qui paraissent les plus équilibrées sont parfois les plus en souffrance.
Ainsi, pour Dan, la relation avec Marlène s'avère complexe, puisqu'il n'est plus apte à partager sa vie, son quotidien réglé au millimètre près. Mais Marlène va parvenir petit à petit à percer les défenses de l'ancien soldat, et un lien profond va finir par se tisser entre eux.
Cependant, autour d'eux, les évènements ne cessent de se bousculer : il y a l'amant de Nath, un jeune homme profondément amoureux d'elle, qu'elle ne cesse d'éloigner avant de le rappeler, Mona, qui éprouve des sentiments plus que paternels pour Dan, l'incarcération de Richard et son repli dans des situations impossibles... Leur histoire dépareille dans un tel environnement, et la possibilité entrevue d'un bonheur à deux n'est au final qu'une illusion.

Djian excelle une fois de plus dans la description de personnages cabossés par la vie, qui s'accrochent les uns aux autres pour tenir debout. Et si Marlène peut d'abord sembler plus apaisé, tant dans l'écriture, moins âpre, que dans le scénario, un ensemble de drames va faire basculer l'histoire. Djian s'attache ainsi à parler de la noirceur qui se loge dans l'humain et peut le conduire au pire.
L'enchaînement des évènements fait que l'on ne s'ennuie jamais, même s'il faut s'accrocher au début car Djian ne s'embarrasse pas de présentation. On apprend à connaître (et aimer!) ses personnages au fur et à mesure, et sa façon de ne jamais donner de détails rend la lecture plus réaliste : car que connaissons nous réellement des personnes qui nous entourent ? Tout le talent le Djian réside dans le fait de savoir signifier la plupart des choses sans les décrire vraiment, à l'image des horreurs de la guerre qui ne sont évoquées qu'à demi-mot mais transparaissent clairement.

Au final, j'ai adoré Marlène. Djian signe pour moi l'un de ses meilleurs romans, à la fois proche et différent de ses autres livres, apportant même une certaine douceur, avant que finalement la noirceur ne l'emporte. Il se révèle comme un romancier de l'humain avant tout, qui parvient à reconstituer un microcosme pour mieux parler des relations entre les hommes.
L'écriture peut dérouter pour qui n'a jamais lu cet auteur, mais elle force le lecteur à être attentif, et il devient participant plutôt que simple consommateur.
Un véritable coup de cœur !





Alors les lecteurs, ça vous tente ?



vendredi 7 avril 2017

Grave de Julia Doucourneau : Chair inconnue

Bonjour les lecteurs !

Si je vous dis que j'aime les films de genre, au vu des chroniques publiées sur le blog, vous n'allez pas me croire. Et pourtant, j'aime Dario Argento au point d'avoir participé à une nuit entière consacrée à ses films, ou encore je suis fan des vieux films de Cronenberg.
Seulement, j'aime le genre quand il n'est pas utilisé uniquement pour faire du bruit : de l'horreur d'accord, mais seulement s'il y a un message derrière.
Cela faisait depuis le dernier festival de Cannes que j'attendais Grave, premier long métrage de Julia Ducourneau, qui promettait d'être à la croisée entre film de genre et film d'auteur.
Je l'ai manqué au festival d'Angers, je l'ai manqué sur Lyon, et il a fallu attendre un mois après la sortie pour l'avoir dans ma ville. Mercredi 29 mars, première séance, j'étais bien évidemment au premier rang, prête pour le spectacle !

Grave raconte l'histoire de Julia, jeune fille qui quitte le foyer familial pour entrer dans une école vétérinaire. Elle paraît fragile, chétive, pas encore bien sortie de l'enfance. Dans la famille, les animaux sont sacrés, et on est vétérinaires et végétariens de père en fils (en filles en l'occurrence). Justine s'apprête donc elle aussi à suivre la voie parentale, rejoignant sa grande sœur, Alexia. Mais son premier soir s'avère éprouvant pour Justine : alors qu'elle est en train de dormir tranquillement, son colocataire vient la réveiller, armé d'un bâton de ski. Première surprise pour la jeune fille, qui avait demandé une colocataire fille. Mais elle n'a pas le temps de protester que déjà une armée de jeunes en blouses blanches, déchaînés, rentrent dans sa chambre, la mettant sens dessus dessous, avant de pousser la jeune fille dans le couloir, avec les autres arrivants : il s'agit du bizuthage réservé aux nouveaux... Voici la frêle Justine jetée dans une atmosphère de fête bruyante, où l'alcool et le sexe règnent en maîtres. La jeune fille se retrouve partagée entre l'effroi et la fascination, déambulant de pièce en pièce, pas vraiment à sa place. C'est alors qu'elle aperçoit sa sœur, qui danse sur une estrade. Dès cette première rencontre, on devine le lien profond qui unit les deux jeunes filles et le mélange d'affection, d'admiration et de jalousie que chacune éprouve pour l'autre.
Le bizuthage se poursuit sur les semaines qui suivent, et, lors d'un « jeu », Justine est amenée à manger de la viande crue. Elle commence par refuser, demandant l'aide de sa sœur, qui la pousse à avaler ce morceau de chair (scène symbolique qui trouvera tout son sens à la fin du film). Tout d'abord dégoûtée, Justine finit ensuite par éprouver une appétence particulière pour la viande crue... et la chair humaine.

Grave met en scène l'histoire d'une jeune fille qui découvre les plaisirs de la chair au sens large. Car cette initiation à la viande crue symbolise tous les plaisirs que peut découvrir une jeune fille sage comme l'est Justine en arrivant dans un monde adulte : la sexualité, l'alcool, les fêtes... Julia Ducourneau filme beaucoup les peaux, couvertes de sang lorsque les étudiants de deuxième année aspergent les bizuths de sang frais, grattées au sang lorsque Justine fait une réaction allergique à la viande, exposées crûment lors des soirées dénudées.
 Grave est ainsi avant tout un film d'initiation :  manger de la viande, pour Justine, revient à s'opposer à ses parents et aux valeurs inculquées ; un des rites de passage à l'age adulte. A l'inverse, cette révolte lui permet de se rapprocher de sa grande sœur, admirée pour son aisance en groupe et son assurance. Au fil du film, on voit Justine grandir et changer : sa découverte de la chair va de pair avec sa métamorphose.
Ainsi, la première scène de cannibalisme (jubilatoire pour les amateurs du genre mais tout de même très éprouvante – plusieurs malaises lors de la projection du film au festival d'Angers) se déroule tandis qu'Alexia, la grande sœur, propose à Justine sa première séance d'épilation. C'est ici clairement l'histoire d'une transmission qui est illustrée brillamment, et la relation entre les deux sœurs ne cesse d'interroger. Qui est réellement Alexia : amie ou ennemie ? Le film ne tranchera jamais, y compris à la fin, laissant le spectateur libre d'interpréter à sa façon.
Grave dénonce également  à sa manière la violence des bizuthages tels qu'ils se pratiquent encore dans certaines grandes écoles, et la difficulté à s'affirmer face à un groupe, à exister lorsque l'on n'est pas dans la norme. Le sérieux de Justine et ses prises de position face à la cause animale lui créent ainsi des moqueries durant ses premiers jours. Le passage au cannibalisme, c'est aussi une manière de se révolter pour cette jeune fille introvertie, et de réagir face à la violence dont son environnement fait preuve sous couvert de plaisanterie.
L'une des grandes réussites du film est de parvenir à doser le mélange entre le réel et le surnaturel : en témoigne une scène terrifiante où Justine se débat dans son lit, sous ses draps, persuadée d'être attaquée. L'utilisation du son et l'enfermement créé par le drap qui emprisonne la jeune fille reproduit une ambiance oppressante qui n'est pas sans rappeler Répulsion de Polanski. En restant sur le fil entre réalisme et fantastique, Grave s'affirme comme un film à la croisée des genres et donne une grande liberté au spectateur.
Le film monte en tension jusqu'à l'éclat final, avant de nous offrir une conclusion en beauté, apportant encore un autre éclairage au film.

Outre un scénario complexe et particulièrement intelligent, Grave propose une mise en scène brillante : une attention est portée sur la lumière, les matières et textures. Dans l'univers créé par Julia Ducourneau, l'école vétérinaire devient un lieu froid et inquiétant, au sein duquel le danger peut se cacher dans chaque couloir sombre. Un beau travail sur le son est aussi à souligner : la musique est utilisée pour renforcer cet univers énigmatique et la transformation de la  jeune fille. Les scènes de fêtes étudiantes, à la musique agressive et aux lumières stroboscopiques, sous lesquelles les corps paraissent des ombres, en deviennent oppressantes. Tout d'abord champ d'expérimentation, les soirées deviennent ensuite un vaste terrain de jeu pour la jeune fille amatrice de chair fraîche.
A l'inverse, certaines scènes, entièrement silencieuses, renforcent la tension du spectateur.

Enfin, il faut souligner tout le talent de la jeune actrice principale, Garance Marillier, qui campe une Justine à l'ambivalence surprenante, à la fois étudiante candide, à la grâce angélique, et cannibale assoiffée de sang, en quête de proies. Son charme magnétique électrise le spectateur, et elle parvient à illustrer parfaitement la métamorphose de son personnage.

Vous l'aurez compris, Grave a été une véritable claque. Profondément viscéral, le film prend aux tripes et s'amuse avec les nerfs du spectateur. En nous offrant un scénario aux interprétations multiples, Julia Ducourneau prouve que le film de genre peut encore exister en France sans être réservé à un public adolescent. Inclassable, Grave témoigne d'une véritable maîtrise, et Julia Ducourneau s'affiche ainsi comme une réalisatrice à suivre de près.
En revanche pour les âmes sensibles, je déconseille !





Alors les lecteurs, vous y allez ???

jeudi 30 mars 2017

L'autre côté de l'espoir d'Aki Kaurismäki : Fin(e)land


Bonjour les lecteurs !

Un article pour vous parler de mon film « coup de cœur » du mois : il s'agit de L'autre côté de l'espoir d'Aki Kaurismäki. Je ne connais pas très bien le réalisateur finlandais dont j'ai seulement vu Le Havre il y a quelques années, je suis donc allée découvrir L'autre côté de l'espoir par curiosité, sans vraiment savoir de quoi il était question, pour finalement ressortir conquise !

L'autre côté de l'espoir suit la trajectoire de deux personnages : d'un côté, Khaled (Sherwan Haji), jeune immigré Syrien à la recherche de sa sœur, arrivé en Finlande presque par hasard, et de l'autre côté, Wikhström (Sakari Kuosmanen), un homme d'une cinquantaine d'années qui plaque tout pour ouvrir un restaurant.
Les deux histoires sont montrées séparément avant de se rejoindre : les premières scènes suivent ainsi Khaled, couvert de charbon, qui débarque en Finlande. Il se rend au commissariat le plus proche pour faire une demande d'asile : « vous n'êtes pas le seul, mais vous pouvez toujours demander » lui répond-on. Dans une cellule, il rencontre Mazdak (Simon Al-Bazoon), qui a fui l'Irak. Ils sympathisent et se retrouvent placés ensemble dans un foyer accueillant les demandeurs d'asile. Plus tard, Khaled doit raconter son histoire devant une commission chargée d'examiner son dossier : alors il témoigne, décrivant son  pays en ruines, la fuite d'Alep avec sa sœur, seule membre de la famille encore en vie, puis leur séparation. Il explique son périlleux trajet, les coups, le danger, la peur, et son arrivée en Finlande, une terre d'accueil. Il aimerait y rester, dans l'attente de retrouver sa sœur. Le témoignage de Khaled est longuement filmé, en plans fixes, détaillant son visage face à celui de l'administratrice, et l'interprète qui se trouve entre les deux. Khaled semble froid, à distance de son histoire, mais l'on comprend qu'il s'agit de s'écarter de sa souffrance. Face à lui, la personne chargée d'étudier son dossier reste de marbre, ne montrant aucune émotion. Au contraire, ses questions paraissent parfois déplacées face au concentré de souffrances dont témoigne Khaled.
Mais alors que les informations télévisées montrent Alep bombardée, on refuse le droit d'asile à Khaled, arguant qu'il peut retourner en Syrie sans danger...  
L'histoire de Khaled illustre et dénonce les violences faites aux immigrés, que ce soit par des agressions physiques (des hommes qui le suivent et le passent à tabac) ou par la société elle-même, qui déshumanise la souffrance. A côté de ça, Khaled doit faire bonne figure, car « on renvoie ceux qui sont en dépression », lui dit son ami Mazdak. Alors Khaled tente de survivre comme il peut : il sort, va écouter de la musique dans les bars. Partout, il est filmé comme un étranger au milieu de la foule, immobile, muet et sans sourire. Pourtant, lorsqu'on lui annonce que son droit d'asile est refusé, Khaled sort de sa passivité, décidant de s'enfuir et de rester illégalement en Finlande. C'est alors que sa route croise celle de Wikhström.
Ce dernier, dont on suit l'histoire en parallèle de celle de Khaled, vient de quitter sa femme, alcoolique. Il a décidé de changer de vie et d'investir dans un restaurant plutôt traditionnel. Mais les choses ne sont pas si faciles : le restaurant a peu de clients, le menu proposé ne variant jamais. Les scènes du restaurant se révèlent fantaisistes, pleine d'humour, que ce soit à travers les employés, loufoques, ou les tentatives de Wikhström pour élargir la carte. En effet, suite à la suggestion d'un employé, il décide d'ouvrir un restaurant de sushi... Voici donc le cuisinier finlandais en train d'apprendre la cuisine japonaise, secondé par un Wikhström au meilleur de sa forme, prêt à accueillir les deux cars de touristes asiatiques qui s'arrêtent au restaurant. La soirée va bien entendu être un échec, lorsque les ingrédients viennent à manquer et que les personnages décident de les remplacer par d'autres... Cependant, malgré ses déboires, Wikhström continue à faire contre mauvaise fortune bon cœur et persévère.
C'est en sortant les poubelles du restaurant que Wikhström tombe sur Khaled, qui y a élu domicile. Ils commencent par se battre avant de finalement sympathiser. Car le film de Kaurismäki est avant tout une ode à la fraternité et la solidarité. Sans qu'ils se connaissent, sans rien attendre en échange, Wikhström décide de venir en aide à Khaled, quitte à tomber dans l'illégalité.  
L'autre côté de l'espoir fait cohabiter l'humour, presque burlesque, et le drame avec succès. Kaurismäki dépeint ces deux personnages que rien n'est censé rapprocher, et qui pourtant se viennent en aide mutuellement. Le film fait ainsi la part belle au hasard, qui parait guider la vie des deux personnages : c'est sur un coup de tête que Wikhström quitte sa femme, avant de jouer son avenir au poker, misant tout sur les cartes ; hasard encore, l'arrivée de Khaled en Finlande, puis sa rencontre avec Wikhström, alors qu'il a élu domicile à côté des poubelles du restaurant.
 Mais ce qui ressort le plus du film reste l'espoir : dans l'univers de Kaurismäki, l'entraide continue à exister, venant pallier l'inhumanité des administrations ; 

Attention spoil




la sœur de Khaled peut être retrouvée, et Wikhström peut renouer avec sa femme, qui a arrêté de boire pour ouvrir elle-aussi son propre commerce
. Kaurismäki redonne foi en l'humain, prouvant que l'avenir est aux actions citoyennes et non plus aux administrations. 
Porté par une mise en scène épurée, formaliste, au plus proche de ses personnages, contrebalancée par une bande-son très rythmée, L'autre côté de l'espoir s'inscrit comme un film résolument optimiste.



Alors les lecteurs, vous y allez ?